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Pourquoi voyageons-nous ?

3 mars 2012 6 154 views 6 Comments

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7h50, me voilà de nouveau en train de petit déjeuner dans l’un des immenses salons froids de l’aéroport Charles de Gaulle, entouré d’une petite cinquantaine de clones en costume faisant semblant d’être passionnés par les échos pour se donner une allure, ou se fondre dans la masse. Peut m’importe au fond. Je m’assieds toujours à côté d’une des immenses baies vitrées, je crois que je serai toujours surpris par le décollage d’un avion et la prouesse technologique que représente la concrétisation du rêve mythologique que symbolisait Icare.

Je savoure tranquillement un jus d’orange trop frais en souriant niaisement, excité par l’idée de mon départ imminent, quand la pensée d’une discussion récente resurgit dans mon esprit : Serais-je en train de fuir quelque chose ?

Le voyage comme une fuite ?

Cela paraît être une évidence pour beaucoup, tant pour les non-voyageurs que pour ceux qui ont arrêté de le faire. Le voyage ne serait que le fruit d’une volonté inconsciente de fuir quelque chose. Le fait de commencer à voyager à certains moments charnières de notre vie est probablement pour quelque chose dans l’émergence de cette idée. Il n’en reste pas moins que mes journées de réflexion sur cette question me laissent malgré tout assez dubitatif. Serions-nous tous si lâches sans pour autant nous en rendre compte lors de notre départ ? Je me suis rarement senti libéré lors du décollage d’un avion, et je ne me souviens pas m’être proclamé « ca y’est, me voilà enfin loin de toute cette vie ». J’espère ne pas être le seul !

Je ne peux m’empêcher de repenser à ces familles qui partent une semaine dans un club Spa à l’île Maurice ou aux Seychelle pour « faire un break », se « reposer ». On ne peut nier que la répétition de ces déplacements, que je n’oserais comparer à de vraies expériences de voyage, ont quelque chose d’une fuite, la plupart d’entre eux cherchant à combler la non satisfaction de leur quotidien par une transposition des éléments de leur bien-être à l’étranger. Leur retour n’est d’ailleurs qu’un éternel recommencement, amorcé par le tellement commun « c’est dur les retours de vacances ». Notez à ce titre l’utilisation du terme vacances et non du terme voyage. Nous ne sommes finalement pas en train de parler d’une fuite, mais d’une liberté conditionnelle. Le sujet revenant docilement dans sa prison une fois son crédit de vacances écoulé.

Mais recentrons-nous pour parler enfin du vrai voyage, celui que je m’apprête à faire, celui qui me fait frissonner depuis le premier jour où je l’ai envisagé, cette équation présentant trop d’inconnus pour être résolue à l’avance, qui vous fait parfois aussi peur qu’un saut dans le vide.

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Peur, incertitude et recadrage : l’initiation d’un changement de perception

La « peur » est un élément clé de ce pourquoi nous voyageons. C’est ce sentiment de sortir de notre zone de confort, de nous mettre en situation de déséquilibre perpétuel qui nous permet de revisiter ce que nous sommes au quotidien. Le voyage agit en effet comme un véritable sérum de vérité. Que vous vous retrouviez perché au sommet du Machu Picchu, perdu au milieu des plaines mongoles, mélangé à la foule discrète de Tokyo ou dépaysé dans une tribu malienne, le voyage vous oblige à vous ouvrir aux cultures, aux idées nouvelles, aux rêves. L’incertitude qu’il constitue est un véritable accélérateur de changement.

Plusieurs études démontrent d’ailleurs à quel point nous avons une capacité incroyable à générer plus d’idées lorsque le concept de l’étranger vient se glisser dans un problème quelconque. Aussi fou que cela puisse paraître, il a été démontré qu’un même problème mathématique pouvait être résolu avec beaucoup plus de créativité lorsque son énoncé envisageait un pays étranger que lorsque ce n’était pas le cas. Nos pensées sont enchaînées à ce qui nous est familier, et le recadrage forcé que constitue le voyage agit comme une libération passagère.

Les chercheurs pensent que l’expérience d’un contact avec d’autres cultures nous ouvre l’esprit, nous donnant accès à des facultés de réflexion nouvelles et inaccessibles jusqu’alors. Perdus au milieu d’un monde que nous ne connaissons pas, nous pouvons facilement penser et agir différemment, sans avoir peur du regard des autres. Laissez de la nourriture dans votre assiette en Chine et vous serez perçu comme étant en train de complimenter votre hôte. Faites la même chose en Europe, l’effet s’inversera.

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Alors, pourquoi voyageons nous ?

Soyons clairs sur un point, la gymnastique d’esprit que permet le voyage n’est pas liée à la distance. Elle est bel et bien reliée au changement de cadre dans lequel vous vous situez. Ainsi, une personne cherchant à oublier ce qu’elle laisse derrière elle en se reposant sur une plage sous les cocotiers entourée d’autres européens n’ouvrira pas son esprit. Elle ne fera que se préparer à replonger dans le quotidien qu’elle fuit. Là ou le voyage est un échec constant pour ceux qui veulent fuir leur univers, il réussit beaucoup mieux dans un rôle de confrontation entre ce que nous sommes au quotidien et ce que nous avons au fond de nous. N’oubliez jamais que personne ne peut échapper à lui-même.

Nous voyageons parce que le voyage crée de nouveaux modes de pensées et nous confronte avec la pseudo universalité de certains principes. Il peut devenir une véritable révélation et nous obliger à laisser beaucoup d’idées préconçues derrière nous. Il nous confronte à nous-même et pousse notre esprit à raisonner autrement, à trouver de nouvelles solutions à un problème qui nous hante. Il est tout autant une exploration du monde que de notre conscience. Qu’il soit dur, éprouvant, plaisant, il nous permet de revenir changés dans un quotidien qui lui n’évolue pas.

Son effet peut se comparer à celui de nombreux stupéfiants, et comme eux, il devient rapidement une addiction. Une sorte de shoot de créativité et d’ouverture d’esprit qui nous aide à changer pour mieux appréhender notre monde. En ce sens, le voyage est un réel contributeur, sain et efficace, à votre développement personnel, à votre épanouissement. Ne l’oubliez jamais.

Ju

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6 Commentaires »

  • Johann said:

    Très bel article ! Voyager permet de sortir de notre zone de confort et de s’ouvrir à d’autres expériences. Le monde qui nous entoure est riche, quoi de mieux qu’un long voyage en terre inconnue où on est confronté à soi même. Je suis d’accord avec toi quand tu dis que le voyage participe à notre développement personnel. Il permet l’ouverture d’esprit et la créativité :)

  • Jérémy said:

    Personnellement, je sais que j’ai fait un bon énorme dans ma confiance en moi, et d’une manière générale dans mon développement personnel, quand je me suis mis à voyager. Et pourtant, la première fois, je ne suis vraiment pas parti loin. Mais ça a produit un déclic, la sensation grisante de mise en danger contrôlée, la montée d’adrénaline du départ vers l’inconnu, que je recherche au maximum aujourd’hui (dans les voyages ou autre, d’ailleurs).

    Très bel article, Julien !

  • Sylvie said:

    Superbe article Julien, j’adore !

    En plus, tu commences par la description de l’aéroport … Pour moi, c’est déjà un voyage … J’adore cette ambiance ! Comme toi, j’admire les avions décolent ou attérissent… Je pense aussi à la prouesse technique que cela représente. A tout ceux qui ont donnée leurs vies même, pour ce rêve !
    Et comme toi, je suis persuadé que lorsque l’on a voyagé… on perçois la vie différement ! Voyager hein … pas squater une chambre en all inclusive :)
    J’avais d’ailleurs écris un article il y a quelques temps qui s’intitule « apprendre des autres cultures « ! Pour moi ce fût vital, en quelque sorte, c’est même ce qui m’a construit… Ces moments passés à l’étranger… ET c’est d’ailleurs pour cela que je souhaite devenir nomade, car depuis qq années mes voyages ne se limitent plus qu’à un seul pays, la Tunisie. Du coup, il faut que je trouve un moyen pour aller voir partout ailleurs … Encore merci pour ce bel article !

  • Virginie Mirkov said:

    Bonjour Julien,

    Tout d’abord, je tiens à te dire que j’aime beaucoup ton style d’écriture, c’est très agréable de te lire.

    Ensuite, en ce qui concerne ton article, il m’a tout de suite rappelé une période de ma vie où je voulais m’évader tous les deux mois à l’étranger pour fuir ce qui ne me plaisait pas … chez moi certainement…

    En te lisant, je me suis rendue compte que le voyage et le fait de découvrir des endroits et des cultures encore inconnues à l’extérieur répercute exactement la même chose à l’intérieur de nous-même. Comme tu le dis, cela donne accès à des zones inconnues de notre intérieur… Et si en fait l’extérieur était un miroir de ce qu’il se passe en nous …?

    Je vais peut être un peu loin, mais ton article me fait me poser des questions et j’adore ça !

    Merci :-)

  • admin (author) said:

    Plus le temps passe et plus la sensation que le voyage m’ouvre à ce que je suis vraiment m’apparait comme une évidence… C’est effrayant parfois. Merci pour ton commentaire très agréable

  • admin (author) said:

    @ Jeremy : La distance n’est pas le coeur du problème dans le fond, cette liberté qu’on éprouver à être soi même, on peut l’obtenir en partant simplement à quelques centaines de km de chez soi. Mais le temps fini par nous forcer à aller chercher toujours plus loin pour creuser plus profondément. A bientot

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