Home » Développement Personnel

Arrêtez de me parler de procrastination !

2 mai 2011 20 268 views 8 Comments

Avez-vous remarqué que personne ne connaissait le mot procrastination il y a trois ou quatre ans ? Ce concept a pris une notoriété ahurissante en l’espace de quelques mois et devenant l’un des centre d’interet premiers des blogs et autres forums féminins hyper-fréquentés. Le concept n’a pas attendu la starification du mot pour exister, mais il semble que la procrastination touche un nombre croissant de personnes depuis qu’on parle d’elles. Effet placebo ou réalité ?

Pour parler de procrastination, nous devons parler de productivité (les deux concepts sont evidemment intimement liés l’un à l’autre). A ce sujet je me suis longuement demandé quel intérêt pouvait avoir le concept de productivité. Etre toujours plus efficace, faire toujours plus de choses en moins de temps. Bien qu’il s’agisse de la marche incéssante de notre monde, nous sommes en droit de nous questionner sur sa justesse. En effet, le temps passant, je réalise que la productivité, lorsqu’elle est abordée de cette manière conduit plus souvent à des frustrations profondes qu’à un accroissement significatif de notre bonheur.

En faire toujours plus en moins de temps ne vous apporte pas forcément plus de temps libre, plus de qualité, ou plus d’argent. Il ne s’agit souvent que d’un pédalage acharné dans le vent. Cette définition de la productivité a finalement plus lieu d’être considéré comme de l’avarice habillée d’un joli costume développement personnel.

C’est quoi être productif si l’on y réfléchit bien, c’est réussir à atteindre les objectifs que l’on s’était fixé sans aucun effort superflu (temps, argent, travail, etc.). On pourrait ainsi décrire notre productivité au travers d’un diagramme simpliste basé sur deux dimensions : objectifs (l’incitation à être productif) et discipline (le facilitateur, la méthodologie, tout ce qui permet d’atteindre l’objectif). Ne comprenez pas la discipline au sens militaire du terme, il s’agit plus d’un comportement général.

productivite1

Le quatre cases du schéma ci-dessus illustrent les quatre comportement humains usuels en terme de productivité :

1. Le procrastinateur : objectifs nombreux et complexes + Peu discipliné

Le véritable procrastinateur a des objectifs importants et n’en vient jamais à bout pour des raisons de discipline. Il possède une vision claire de ce qu’il veut mais ne réussit jamais à mettre les moyens nécéssaires à l’atteinte de cette vision. Il reporte au lendemain, traine des heures sur des tâches qui n’importent pas, cherche à atteindre une perfection sans intérêt ou passe son temps à ressasser le fait qu’il est un procrastinateur.

Cette théorisation du comportement productif de l’être humain nous apprend une chose. Il ne peut y avoir que deux raisons qui font que les gens procrastinent plus qu’avant :

  1. Soit de simples suiveurs se sont mit à avoir des rêves plus importants mais ne possèdent pas la discipline nécéssaire pour les réaliser. C’est assez contre-intuitif, mais je pense que cette idée n’est pas une réalité. La télévision et les médias nous emplissent de rêves, mais il existe finalement assez peu de personnes qui franchissent la barrière symbolique qui existe entre un rêve et un objectif. Tant que le rêve reste un rêve, on ne peut parler de productivité ou de procrastination
  2. Soit des productifs ont perdu leur discipline (moins de capacités techniques, moins de capacité à aller à l’essentiel, plus de facilité à remettre au lendemain) au fil des années. C’est bien plus probable à mon sens avec le développement d’internet et de la quantité affolante d’information permettant aux utilisateurs de procrastiner (réseaux sociaux, forums, vidéos, ou simples articles parlant de procrastination).

Le problème de la procrastination, c’est qu’elle entraine un état de quasi non-conscience de la réalité qui peut engendrer de véritables frustrations profondes sur le long terme. L’afflux d’articles sur le sujet n’a fait qu’empirer les choses en donnant une normalité à la procrastination qui fait que beaucoup l’acceptent comme un trait de leur personnalité. Hors à long terme, le procrastinateur qui s’assume ne peut devenir qu’un suiveur frustré de ne pas pouvoir voir plus grand.

Il est pourtant possible de ne pas en arriver la au prix de quelques remises en question parfois douloureuses : abaissement sensible de la difficulté des objectifs que l’on s’impose ou accepter de prendre sur soi pour combattre l’indiscipline. Une tâche de longue haleine qui doit souvent passer par un apport externe (coach, psychologue, etc.). Vous pouvez lire à ce sujet l’article sur la procrastination que j’avais écrit l’année dernière.

2. Le productif : objectifs nombreux et complexes + Discipliné

Le productif est dans un état que l’on peut qualifier d’état de flot. Ses objectifs sont en ligne avec ses capacités et il sait aller à l’essentiel pour les mener à bien sans s’eparpiller. C’est la combinaison de ces deux facteurs qui amène à ce que l’on définit comme une véritable productivité.

Laes différences entre le productif et le procrastinateur sont flagrantes :

  1. Le productif a infiniment plus de chance de connaitre le véritable succès dans ce qu’il entrenprend puisqu’il est le seul à avancer dans une direction précise ;
  2. Tous deux peuvent connaitre l’echec, mais l’echec du productif est bien plus porteur d’enseignements que celui du procrastinateur ;
  3. Le procrastinateur tente généralement de retarder un echec au maximum alors que le productif s’arrangera pour que l’echec arrive suffisament vite pour qu’il puisse revoir sa copie.

La véritable productivité s’apparente généralement à un cercle vertueux dans lequel l’action (qu’elle amène au succès ou à l’echec) amène à de nouveaux objectifs qui eux même amènent à l’action. Ce n’est qu’en cas de perte de la passion qui vous anime, ou si vos objectifs surpassent trop largement vos capacités que vous risquez de redevenir procrastinateur.

3. Le faux productif : Objectifs simples et peu nombreux + Discipliné

Vous souvenez vous de l’article Il va falloir songer à arrêter de me lire ? J’y mentionnais une catégorie de personnes qui passaient un gros morceau de leur vie à lire des articles de développement personnel et à assister à des séminaires et à réfléchir aux toutes dernières méthodes de productivité à la mode. Ces mêmes personnes qui pourtant ne voyaient jamais leur vie changer concretement. Ce sont eux que je qualifie de faux productifs, des théoriciens en quelque sorte. Leur savoir dépasse les limites de l’imaginaire, mais ils n’ont aucun objectif important à remplir pour mettre en application ce qu’ils apprenent. Ce sont eux qui finissent par faire des listes pour tout et n’importe quoi, y compris leurs tâches basiques du quotidien (faire le ménage, faire les courses, quelles courses, pour manger quoi, quand, etc.).

Ces personnes sont retenues par leur peur d’avoir de grandes ambitions, la discipline qu’ils appliquent dans leur quotidien leur permet de se réfugier de leur manque de courage de voir plus grand. Cette discipline finira vraisemblablement à peser sur leur quotidien et l’envie de décompresser leur offrira un aller simple très attirant vers notre quatrième catégorie, celle des suiveurs.

4. Le suiveur : Objectifs simples et peu nombreux + Peu discipliné

L’attitude la plus simple reste finalement de limiter nos objectifs et de ne pas prendre les devants pour agir. Rever chaque jour sans ne jamais rien faire pour atteindre ses rêves en considérant que la vie « c’est dur », que les rêves « c’est pour les enfants », et que tout cela « ce n’est pas pour moi ». C’est en quelque sorte le stade de l’enfance et de l’insouciance. Un stade dans lequel on se contente de suivre d’autres personnes en profitant de quelques instants de bonheur à soi. Il est d’ailleurs intéréssant de remarquer que les personnes situées dans cette catégorie sont souvent plus heureuses que les procrastinateurs ou les faux productifs chez que disciplines et objectifs ne sont pas alignés. Ils acceptent simplement de ne pas accomplir de grandes choses de leur vie au risque de le regretter un jour.

L’attitude la plus simple reste finalement de limiter nos objectifs et de ne pas prendre les devants

productivite2

La stabilité des 4 états et l’augmentation présumée du nombre de procrastinateurs

Comme je viens de l’expliquer, les catégories « suiveur » et « productif » sont les deux plus stables de la matrice puisqu’on y trouve un alignement entre les objectifs et le discilpine qu’on se donne pour les atteindre. Il n’existe aucune contradiction  A contrario, l’état de procrastinateur n’a rien de stable, il crée des tensions psychologiques fortes poussant une personne  à surpasser son indiscipline ou à abandonner ses rêves. Même si le nombre de procrastinateur augmente à court terme pour les deux raisons évoquées précédemment, ce changement ne peut pas perdurer de manière saine. Finalement, on peut se demander si l’augmentation perçue du nombre de procrastinateur n’est pas simplement une résultante de l’augmentation du nombre d’articles traitant de procrastination ! 

Si cet article vous a été utile, donnez nous un coup de pouce en le partageant le avec votre entourage en utilisant les liens ci dessous

8 Commentaires »

  • Valentin said:

    Je trouve la conclusion assez vraie. La période où je procrastinais le plus était également celle où je lisais des articles sur la procrastination. Même si chez certaines personnes cela vient d’un problème plus profond, je pense que pour une bonne partie des gens, cette procrastination n’est pas réelle.

    En tout cas, ça fait du bien un article qui change un peu des trucs qu’on nous ressort habituellement sur le sujet.

  • Axel said:

    Très bon vision de la procrastination. j’aime particulièrement bien le dernier graphique qui est vraiment clair sur les différents cas.

    Au jour d’aujourd’hui, l’information est très disparate surtout avec l’arrivée d’internet et de ses moyens de communication. Du coup il y a suffisamment de choses nouvelles à théoriser pour trouver l’excuse de ne pas les pratiquer. De plus, internet a tendance à diminuer notre concentration vue la quantité d’information présente sur internet et la façon dont celle-ci est reliée par des liens hypertextes dans tous les sens. C’est d’ailleurs justement parti de ce constat là qu’est née l’idée de la création de notre blog. L’information possède un côté addictif et on se sent vite dépendant à cet information dans le sens où on veut être sur de pouvoir maîtriser notre sujet.

    Tu disais que le mot « procrastination » n’existait pas vraiment il y a de ça quelques années. J’ai été surpris lorsque j’ai usé de ce mot la première fois avec mes parents qui n’avaient jamais entendu parler de son existence. Je crois d’ailleurs moi même l’avoir découvert justement depuis que je me suis mis à m’intéresser de près au développement personnel. Je pense donc aussi qu’il tire ces ficelles particulièrement depuis l’expansion du monde de la communication numérique.

  • Sebastien said:

    une petite touche d’humour concernant la procratination : une marque en a fait une publicité. les vidéos sont ici :
    http://www.kpark.fr/entreprise/procrastinateurs.html
    cette pub va sans doute faire propager en plus ce mot. enfin, on verra ça plus tard ! ;o)

  • Sebastien said:

    correction :
    cette pub va sans doute faire propager un peu plus ce mot.

    (j’ai été trop vite… désolé ! )

  • Julien (author) said:

    Merci à tous pour vos commentaires! Je me demandais d’ailleurs (avec mon coté provocateur habituel)à quel point commenter des blogs n’avait pas attrait à la procrastination… :)
    Non sérieusement, continuez, j’aime lire vos avis!

  • Helmout said:

    Bon, je voulais te répondre, mais je ferai ca plus tard

  • Miaou -Isabelle said:

    Et si simplement les gens avaient élargi leur vocabulaire ? ^^

    Sinon, c’est un mot que j’ai toujours utilisée à mon sujet .. et j’ai pas mal d’année , comme les bon cru.

    Bonne soirée
    Isabelle

  • Nicolas said:

    Je crois que vous êtes mal renseigné sur la signification du mot « procrastination ».
    La procrastination n’a rien à voir avec une quelconque forme de discipline (ou d’absence de discipline), ni avec le nombre d’objectifs, c’est plutôt un dysfonctionnement émotionnel qui pousse les gens à procrastiner.
    Si on parlait si peu de procrastination auparavant, c’est simplement à cause des gens comme vous qui associent le fait de procrastiner avec un qualificatif péjoratif (« peu discipliné » par exemple, « fainéant » souvent), et qui de ce fait font culpabiliser les gens victimes de procrastination.
    C’est cette reconnaissance de la procrastination comme un dysfonctionnement involontaire, et la déculpabilisation associée, qui ont fait augmenter le nombre d’articles/blogs/forums traitant de ce sujet.

Donnez votre avis!

N'hésitez pas à donner votre avis ou à partager vos émotions ci-dessous. Vous pouvez aussi ajoutez un rétrolien sur votre site.