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Vivre heureux sous une dictature ?

5 mars 2011 7 929 views 4 Comments

J’ai envi de réfléchir aujourd’hui à un sujet qui m’a souvent interpellé. C’est un sujet assez délicat à traiter à vrai dire, je l’ai longuement retourné dans tous les sens avant de me décider à le partager ici. La question est simple et pourtant terriblement lourde de sens : peut-on vivre heureux dans une région du monde soumise à une dictature.

J’ai l’habitude de partager mes expériences ou mon vécu avec vous, c’est ce qui rend l’écriture de ces quelques mots plus difficiles qu’à l’accoutumé.  Le fait est que cette fois, la plupart d’entre vous comme moi n’avons jamais vécu sous un régime dictatorial, et ne pouvons en parler en conséquence. D’ailleurs, qui sommes nous pour juger de la capacité d’autrui à vivre heureux, voir épanoui sous un régime que nous réprimerions à corps et à cris. Il me semble clair qu’emmètre une quelconque opinion tranchée serait de trop ici, mais le fait est que nous possédons suffisamment d’éléments philosophiques ou pseudo-scientifiques pour pousser la réflexion, et pour en tirer quelques conclusions sur nous mêmes.

Le bonheur dans l’accommodation ?

Pour nous autres, occidentaux, l’idée même qu’on puisse être heureux sous un quelconque régime totalitaire semble simplement impossible. Pourtant, même derrière la puissance contestataire d’une Aung San Suu Kyi, la Birmanie compte une large part de population soumise à l’idéologie dominante. Que ce soit par peur, opportunisme, ignorance ou simple désir de sécurité, de nombreuses populations vivant sous des régimes totalitaires renoncent à toute résistance. Cuba a longtemps été la démonstration même d’un état victime d’aliénation et de contrôle de l’information, au sein duquel la population semblait parfaitement satisfaite de sa vie. Il est donc adéquat de réfléchir à la façon dont l’acceptation d’un manque de liberté, voir d’une suppression de la conscience, peut affecter le bonheur d’une population.

D’ou vient notre bonheur ? Si l’on s’en réfère aux recherches scientifiques dont je parlais la semaine dernière (pour ceux qui auraient raté l’article, vous pouvez le lire ici), au delà de la composante génétique immuable, deux facteurs influencent votre bonheur : le contexte dans lequel vous vivez et vos actions intentionnelles. Il y a fort à parier que les populations vivant dans des pays sous régime dictatoriaux finissent par s’accommoder au contexte de leur vie. Il semble aussi assez évident qu’il existe des personnes plus gâtées que d’autres d’un point de vue génétique dans ces pays comme dans les autres. La thèse qui veut que tout individu vivant sous un régime dictatorial soit terriblement malheureux ne tient en ce sens pas vraiment la route. Cependant, c’est sur la capacité à mener des actions intentionnelles (et donc, à accroître notre niveau de bonheur) que des doutes profonds peuvent survenir.

Le manque de liberté, d’informations, la volonté d’aliénation et la répression qui leur est associée nuisent clairement à la capacité d’un individu à agir de manière réfléchie et structurée pour améliorer structurellement son bonheur. Difficile d’être inspiré ou de savoir quelle direction prendre sans aucun accès à l’information. Difficile d’assumer des passions et de les vivre lorsque nous n’avons pas le plein contrôle de nos agissements. Le manque de liberté donne de toute évidence moins de latitudes dans le développement du bonheur à ceux qui subissent l’emprise d’un régime totalitaire qu’à ceux qui jouissent d’un état démocratique (dans lequel le degré de libertés n’est en aucun cas absolu, mais reste fondamentalement supérieur)

Illusion du bonheur et subjectivité

Mais ne peut-on par vivre dans l’illusion de la liberté et du bonheur ? Est-il possible de se conformer à un mode de pensée et d’accepter qu’au travers de nos possessions, notre travail, notre mariage, ou je ne sais quoi d’autre, nous suivons la route que nous avions choisi de suivre ? Après tout, pas besoin d’aller chercher en dehors de la France pour trouver des personnes vivant un schéma de vie sans aucun relief mais se jouissant  d’une l’illusion de liberté et de bonheur. Le bonheur est subjectif, peut-on décemment croire que ces personnes se sentent moins heureuses que nous ne le sommes ?

Il est même possible d’aller plus en profondeur dans la notion de subjectivité :  le nombre de tentations et de nouveaux besoins que crée le monde occidental nous place dans une posture qu’un habitant d’un pays soumis à un régime totalitaire ne pourra jamais atteindre. Si la notion de besoin matériel se substitut par des besoins plus basiques (se nourrir, être en sécurité, aimer sa patrie et lui rendre service), peut-on sérieusement penser que l’accomplissement de ces besoins ne suffise pas à rendre heureux ? Peut-on sérieusement mettre en avant l’idée que ces populations manquent d’amplitude dans leurs actions intentionnelles, si leurs intentions ne sont pas les mêmes que les nôtres. En d’autre terme, qui du Parisien qui rêve de tout foutre en l’air pour aller vivre à Bornéo ou du nord-Coréen qui rêves simplement de servir son pays, d’être en sécurité, de manger et de fonder une famille as le plus de chance de réaliser ses rêves.

La force de conviction d’un état totalitaire pourrait sans conteste laisser émerger l’idée d’une illusion de bonheur et de liberté en guidant une population dans des schémas de pensée et de vie préétablis, mais il ne faut pas oublier que nos besoins diffèrent considérablement de ceux de ces populations. C’est probablement cet argument qui rend la comparaison si compliqué, et qui pourrait laisser penser que la réponse à notre question de départ n’es pas si évidente qu’il n’y paraît… en déplaise aux bien intentionnés combattants de la démocratie pour qui le rapprochement entre dictature et malheur simplifierait bien des choses.

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4 Commentaires »

  • Gaëtan Klein said:

    Salut,

    Croire qu’on ne peut pas être heureux sous une dictature me parait bien naïf comme point de vue. Typiquement celui d’un occidental auquel on a bien appris que la liberté, les droits, le confort, sont des dûs, et les possessions matérielles des signes de succès et donc de bonheur.

    Les psychologues du bonheur considèrent au contraire que le bonheur résulte de l’adéquation entre la poursuite d’un projet de vie et notre capacité à y arriver. En gros, il faut donner un sens à sa vie et vivre en accord avec ses valeurs, progresser vers plus d’harmonie.

    Sous une dictature, les valeurs et les besoins à satisfaire ne sont pas les mêmes, de même que les croyances, les conditionnements sociaux sur ce qu’est une vie « réussie ». Donc la population va avoir tendance à choisir un sens à sa vie selon cette base culturelle. Et ca peux être beaucoup plus simple que ce que nous Occidentaux croyons.

    Après tout, les hommes préhistoriques ou de l’antiquité n’était-il pas heureux ? Ils ne disposaient pourtant pas de tout ce qu’on a aujourd’hui. Mais ils ont su mener une vie où le sens de la vie (les valeurs) et leur vie (actions, capacités, état) étaient alignés. Et ils pouvaient très bien transcender la condition matérielle à travers l’art, la philosophie, la religion, etc…

    Une question me vient à l’esprit, vu l’actualité du monde arabe : le peuple se soulève-t-il parce qu’il a été malheureux, ou parce que tout d’un coup, les valeurs et les idées ne correspondent plus au statu quo socio-culturel ?

    Après tout, pour ne pas être heureux, il faut déjà savoir qu’il faut être heureux. Le bonheur est l’état fondamental naturel de l’être humain, perturbé par les dangers ponctuels du monde (prédateurs, maladie, conflits, …). Souvenez-vous quand vous étiez enfant. A part les gens qui ont eu une enfance difficile, la plupart des gens se souviennent d’une certaine insouciance, d’une immersion dans l’instant présent.

  • ChrisToonet said:

    Très bonne évaluation de la relativité des choses ! Selon que l’on a été élevé dans un certain type de société, et que l’on n’a pas eu accès à d’autres modèles, on ne peut vraisemblablement se rendre compte de notre bonheur ou malheur ! Dans quelques siècles on se demandera peut-être si sur Terre on est mieux ou mois bien que sur la planète X…

  • Fajr Breeze said:

    Le syndrome de Stockholm ?
    En tout cas, Benjamin Franklin avait dit: Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale pour obtenir temporairement un peu de sécurité, ne méritent ni la liberté ni la sécurité.

  • Max de Blog Homme.com said:

    Un excellent livre sur le bonheur dans un contexte difficile est celui de Viktor Frankl « A man’s search for meaning » – il parle de l’importance du sens dans la survie.

    Martin Selligman a aussi une très bonne présentation au sujet du bonheur et de la psychologie positive sur Ted.com.

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