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Les fondements d’un bonheur durable

1 mars 2011 11 634 views 16 Comments

Les études scientifiques mesurant le bonheur sont relativement nombreuses, mais celles se posant la question des causes du bonheur et des moyens d’être plus heureux sont beaucoup plus rares. J’ai fouillé de nombreuses archives d’universités (majoritairement anglo-saxonnes) ayant traité du sujet pour finalement trouver une étude que j’estime être l’une des meilleures et les plus utiles qu’il m’ait été donné de lire. Datée de 2005, « Happiness, The Architecture of Sustainable Change » a été écrite par Kennon M. Sheldon, David Schkade et Sonja Lyubomirsky, trois chercheurs qui n’en sont pas à leur premier essai sur la thématique. Le rapport propose une modélisation du bonheur et de ses causes tout en réfléchissant aux conséquences sur notre capacité à devenir plus fondamentalement plus heureux. Je vous propose aujourd’hui une transcription synthétique des messages clés du rapport qui vous devrait vos aider dans vos réflexions et votre vision du développement personnel.

Bonheur-01

Comment définir le bonheur ?

Le bonheur est généralement défini comme un état émotionnel positif durable, une grande satisfaction et une raréfaction des états négatifs et pessimistes. Ces trois composantes sont en grande partie subjectives. C’est la raison pour laquelle il est approprié, peut-être même nécessaire, d’analyser le bonheur en priorité sous l’angle de l’individu (et non comme un ressenti commun et transposable d’un individu à l’autre). Le seul juge et parti de mon bonheur, c’est moi-même. Le fait que le bonheur tel qu’on le ressent soit tout à fait subjectif n’empêche cependant en rien sa corrélation avec des variables tout à fait objectives. La recherche démontre ainsi une convergence du bonheur ressenti à certains facteurs tels qu’un sourire, la présence de proches (enfants, époux, etc.), la mémoire de certains événements marquants (De nombreuses études sur ces sujets ont été menées durant les années 90 par Lyubomirsky, Lepper, Sandvik, Diener, Seidlitz & Wyer)

Dernière remarque, il est absolument essentiel de distinguer le bonheur fondamental, une satisfaction moyenne ressentie au cours des 3, 6 ou 12 derniers mois, des montées spontanées et non durable d’optimisme ou de sentiment positif. Le bonheur se mesure sur le long terme et reste en ce sens bien plus complexe à faire évoluer ou à modifier. Complexe, mais surement pas impossible. Quel serait l’intérêt de tout le travail que je fournis pour ce blog sinon ?

Les facteurs déterminant le niveau de bonheur fondamental

Il existe selon les chercheurs (et je m’accorde parfaitement sur ce constat), trois facteurs influençant notre niveau de bonheur : Notre code génétique, les circonstances et le contexte dans lesquels nous vivons et nos activités intentionnelles. Ces trois facteurs, en plus d’être les plus cités historiquement par la recherche consacrée au bonheur, permettent de résoudre de nombreuses questions paradoxales telles que la « faible corrélation entre le bonheur et les variables démographiques / contextuelles » ou le classique « comment agir pour être plus heureux » ? Un rapport de 2005 suggère des pourcentages d’influence pour chacun des facteurs (50% pour le code génétique, 40% pour les activités intentionnelles et 10% pour le contexte). Même si ces pourcentages restent relativement variables d’une personne à l’autre, l’expérimentation tend à prouver que les ordres de grandeurs sont les bons : le code génétique et les actions individuelles auraient un impact bien plus grand sur notre bonheur que le contexte dans lequel nous vivons (se référer aux papiers de Braun- gart et al., 1992 ; Lykken & Tellegen, 1996 ; Tellegen et al., 1988 ; Argyle, 1999 ; Diener et al., 1999). Tout l’intérêt de cette répartition est alors de comprendre comment chacun de ces facteurs peut permettre de faire évoluer de manière durable et significative notre niveau de bonheur.

Le niveau génétique de bonheur

De par son caractère génétique et compte tenu des avancées scientifiques actuelles sur le sujet, l’étude considère à juste titre cet aspect comme une constante de votre vie. Les études menées par Lykken & Tellegen en 1996 au cours desquelles un panel de jumeaux explicitèrent leur bonheur ressenti à 20 ans puis à 30 ans démontrèrent à la fois l’importance de la corrélation entre le bonheur et la génétique et la durabilité de cet aspect. En poussant la réflexion un peu plus loin, on peut facilement imaginer que cet aspect génétique se rapporte à notre tempérament immuable et à nos traits de personnalité tels que l’extraversion. La mauvaise nouvelle, c’est que nous ne partons pas tous avec les mêmes propensions à être heureux. La bonne, c’est que les deux autres facteurs semblent bien plus contrôlables et peuvent dans une certaine mesure assurer le bonheur de n’importe quel individu

Le contexte de votre vie

Ce facteur regroupe l’ensemble des aspects géographiques, culturels, démographiques ou ethniques qui caractérisent notre vie, ainsi que les éléments de notre vécu (mariage, sécurité de l’emploi, revenus, santé, traumatisme infantiles, accidents graves, événements particulièrement mémorables de joie, etc.). Plusieurs expérimentations démontrent que les personnes à revenus élevés sont légèrement plus heureuses que celles ayant de faibles revenus, que les personnes mariées ont une tendance au bonheur plus prononcée que les célibataires (durant les premières années), ou encore que les personnes religieuses ont une propension plus forte à se considérer comme heureux. De manière contre intuitive, l’expérience démontre néanmoins que l’influence de ces facteurs reste relativement limitée (se référer à deux études menées par Argyle, Diener et al. en 1999 concluant que le contexte dans lequel nous vivons n’influe sur notre bonheur que dans des proportions comprises entre 8% et 15%). C’est une des conclusions les plus surprenantes de par la contradiction profonde qu’elle affiche avec notre mode de pensée occidental (matérialisme, surconsommation, propension à croire que l’herbe est toujours plus verte ailleurs).

Ce que démontrent les chercheurs, c’est que notre capacité à nous adapter à un nouveau contexte l’emporte largement sur les variations de bonheur durables auxquelles nous nous attendions. Finalement, alors que nous pensons pouvoir trouver le bonheur en obtenant une promotion importante, en déménageant vers une région attirante du monde ou en gagnant au loto, l’expérience démontre que nous nous adaptons plus ou moins rapidement à nos nouvelles situations pour revenir à notre niveau de bonheur initial. Le shopping est une illustration poussée de ce principe : chaque achat vous rend heureux un temps puis devient un élément normal de votre vie. Il vous en faut alors un nouveau pour rebooster votre joie de vivre. De façon similaire, une étude menée par Schkade et Kahneman (1998) démontre la contradiction entre l’attrait d’aller vivre en Californie pour une majorité des américains et le niveau de bonheur ressenti des Californiens, qui ne se situe en rien au dessus de celui du reste du pays. Les Californiens sont simplement habitués à leur état contextuel, malgré toute l’envie qu’il peut générer chez les autres.

Les activités intentionnelles (et le développement personnel)

C’est donc sur ce dernier facteur qu’il va falloir miser. Il est en réalité le seul à pouvoir vous aider à augmenter durablement votre bonheur. Petite synthèse des éléments qui se cachent sous la dénomination « activités intentionnelles » : ce terme regroupe l’ensemble des actions concrètes et pratiques qu’un individu peut engager de manière volontaire. Faire de l’exercice, recadrer nos modes de pensées, venir à bout d’objectifs, plusieurs études démontrent la capacité qu’ont ces activités simples à rendre plus heureux de manière durable. L’expérience démontre en revanche que ce sont les efforts engagés pour venir à bout de ces actions qui rendent heureux sur le long terme, leur réalisation n’amenant qu’à un état de joie de vivre passager.

Le succès de certaines thérapies, les multiples exemples de personnes heureuses et épanouies parce qu’elles donnent un sens à leur vie et se battent pour agir dans ce sens sont autant d’exemple de l’importance des activités intentionnelles. Sheldon réalisa une étude en 2002 au cours de laquelle il demanda à une classe de poursuivre un objectif pendant un semestre entier. Il découvrit que les étudiants s’étant fixé l’objectif le plus ambitieux et s’étant battu pour le mener à bien se sentaient bien plus épanouis et heureux que les autres. Mieux encore, les étudiants qui décident d’inscrire ce comportement dans la durée continuèrent de voir leur niveau de bonheur progresser.

Nous avons ainsi une capacité réelle et profonde à modifier notre niveau de bonheur de manière durable et efficace. Le levier d’action principal est d’agir dans la bonne direction. D’avoir des objectifs les plus en accord avec sa personnalité, ses principes, ses valeurs, mais aussi de réfléchir à son état actuel et aux moyens de l’améliorer. Tout cela paraît évident ?  Mais alors, pourquoi le développement personnel fait encore si peur en France ? Pourquoi ne sommes nous pas portés de manière plus intense vers l’action ? Pourquoi tant de gens se terrent dans des dépressions à n’en plus finir alors qu’ils cherchent la clé du bonheur ? Pourquoi passons-nous notre vie à nous plaindre en attendant que quelque chose nous arrive ? Pourquoi cherchons-nous tous à être riche et à faire carrière ?

Plusieurs réponses peuvent être apportées à tout cela. Parce que notre éducation et notre environnement nous couvrent de barrières. Parce que nous ne croyons plus à la façon dont nous pouvons influencer notre bonheur. Parce qu’on ne nous a jamais appris comment influencer notre bonheur.

C’est la raison pour laquelle Worldemotions (et le developpement personnel au sens “large”) vous aideront. J’écris pour vous aider à mieux comprendre comment vous fonctionnez et à mettre en place les activités intentionnelles qui vous mèneront au bonheur. Il ne tient plus qu’à vous d’avancer et d’agir en direction du bonheur

Cet article constitue ma participation à cette rencontre amicale, “À la croisée des blogs” qui est un évènement inter-blog dédié au développement personnel. Il est publié mensuellement et chaque nouvelle édition traite d’un thème original. Ce mois-ci, c’est Joanna, du blog Moodstep, qui en est l’organisateur et qui nous a proposé de plancher sur “Qu’est-ce que le bonheur ?“.

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16 Commentaires »

  • Anais said:

    Bonjour,

    J’ai découvert votre blog il y a peu et j’avoue qu’il est super !

    J’ai lu déjà pas mal de psychologie, et j’ai réussi à avancer sur certaine chose avant de vous lire.

    Je vois régulièrement une psy pour de graves soucis liés à mon enfance et qui forcement refont surfaces dans ma vie d’adulte à présent.

    Je suis étudiante, future vendeuse ou je ne sais pas.
    J’aime beaucoup la communication mais souvent je bloque. Je me sous estime, je me rabaisse. Et me renferme sur moi. Alors parfois je me dis que je suis maso d’avoir choisi cette voie ! et d’autres fois je me dis que si j’arrive à enfin communiquer, enfin me libérer de mes croyances et de ma peur du jugement des autres j’aurai gagné plus qu’un boulot.
    J’ai été abusée toute petite, on m’a repoussé pour ça. Je sais que cela est terminé, mais je crois que j’ai toujours cette peur de gêner ou de déranger. Je n’arrive pas à m’imposer. Je plais beaucoup aux hommes, j’attise souvent la jalousie des filles (surtout les amis de mon ami) et je ne sais pas m’imposer. Je culpabilise toujours pour tout. Je me remets toujours en question.

    En ce moment je travaille sur « comment développer son charisme » je lis beaucoup de choses passionnantes comme en ce moment sur votre site. Mais dur de mettre en action… et pourtant. Je sais que c’est le seul moyen.

    Bien à vous, Anaïs 22 ans

  • Sylvie said:

    Bonjour Julien,

    Comme d’habitude c’est un très bel article que celui là. Et surtout sur un sujet qui me parle particulièrement.
    En tout cas, je suis stupéfaite par la part génétique (50%) qui serait responsable ou non de notre bonheur. C’est impressionnant ! J’ai toujours pensé que seul le contexte ou nos activités intentionnelles étaient responsable de notre bonheur, en aucun cas, je n’avais soupçonné l’influence de nos chromosomes là dessus. Peut-on en conclure qu’un gamin enjoué aura plus de propension au bonheur qu’un gamin plus introverti ? Et doit-on penser que quelqu’un d’introverti sera moins heureux que quelqu’un de plus extraverti ? pas facile de savoir mais très interessant … Je te conseille aussi la lecteur du livre « Etre heureux ce n’est pas nécessairement confortable » de Thomas d’Ansembourg. Il nous explique que le bonheur vient d’un profond contentement intérieur lorsque l’on se sent en communion avec ce qui nous entourre… En tout cas, j’avais jusqu’à maintenant une approche peu compatissante avec ceux qui se plaignent beaucoup mais ne font rien pour changer… Si la génétique s’en mêle, je devrais être beaucoup plus indulgente alors :) ? Encore merci pour ce bel article et cette reflexion.

  • Julien (author) said:

    @ Anaïs, Merci pour ton commentaire, je crois que l’article intitulé « Il va falloir songer à arrêter de me lire » devrait t’intéresser. Je crois en connaissance de cause que la confiance (sans qui le charisme est une utopie) s’acquiert en priorité en agissant, en dépassant ses limites, en forçant les barrières qui nous retiennent. Quels que soient les blessures du passé sur lesquelles tu travailles (et c’est nécéssaire), c’est en agissant dans le présent que tu prendra confiance en ce que tu es! Je t’invites à lire les articles que je publierais dans les semaines à venir dont un est consacré à la confiance et un autre aux moyens de dépasser ses barrières. A plus long terme, j’ai un projet qui pourrait t’intéresser comme d’autres lecteurs… mais je ne peux rien dévoiler avant quelques mois! :)

    @ Sylvie, cet aspect génétique est à double tranchant, il n’est qu’une base de laquelle on part. Qui que l’on soit, ne pas agir c’est se bloquer d’une grande partie de ce qui peut nous rendre heureux! Tout le monde a des chances de s’améliorer, je trouve cela assez positif!

  • Anais said:

    « Il va falloir songer à arrêter de me lire » est le premier article que j’ai lu ici ! Parce que j’ai parcouru déjà pas mal d’article ici mais je t’ai découvert il y a très peu.
    Il va falloir un petit coup de pied aux fesses pour qu’enfin je passe à l’action. Mais je suis consciente que j’ai déjà beaucoup évolué en 2 ans. Merci d’avoir répondu ! à bientôt

  • ChrisToonet said:

    Le bonheur … c’est de pouvoir lire de tels articles bien documentés et bien rédigés ! Merci !

  • Jérôme said:

    Super article qui donne un gros coup de boost. Et ce que j’aime en plus, c’est toutes les ressources et études sur lesquelles tu t’appuies pour augmenter la véracité de tes positions.
    Tout comme Sylvie, je ne pensais pas qu’une part aussi importante allait pour des trucs qu’on ne maitrise pas.
    Cela confirme qu’on a des traits qu’on ne pourra jamais changer, qu’il faut faire avec ce que l’on a et du mieux que l’on peut ;-)

  • C'est quoi le bonheur pour vous entrepreneur ? | Pourquoi entreprendre ? said:

    [...] j’aimerais partager avec vous un super article d’un de mes confrères blogueurs : Les fondements d’un bonheur durable, de Julien de World Emotions. Cet article décrit parfaitement bien le bonheur et comment nous le [...]

  • Joanna said:

    Voilà un article qui aurait été magnifique dans la croisée des blogs de ce mois-ci. Je boude!

  • Jérôme said:

    @Joanna, j’en parle dans mon article que je viens de publier ;-)
    Il faut faire un hommage comme il se doit pour un si bel article ;-)

  • Julien (author) said:

    @ Joanna : Il va probablement s’y intégrer, j’hésite encore entre deux… :)

  • Anais said:

    Moi aussi je suis très surprise par l’importance des facteurs génétiques…je dois dire que suis un peu sceptique…
    Il est possible que cela soit plus difficile d’être heureux pour certains a cause de leur contexte familial mais cela ne veut pas dire qu’il sont condamnés a être moins heureux que d’autres durant toute leur vie future, au contraire.
    On apprécie d’autant plus son bonheur quand on a lutté pour l’obtenir.
    Merci pour cet excellent article en tout cas !

  • Joanna said:

    Julien, Julien, Julien… Mais où vas-tu? Je suis contente de t’avoir rencontré avant que tu ne deviennes une star internationale du développement personnel. J’espère que tu me laisseras porter ta sacoche de cuir. Je plaisante mais je suis vraiment admirative de ta capacité à synthétiser et transmettre. Ton article nous guide dans la psychologie positive avec brio. Article référence!

  • Joanna said:

    Ah juste une chose tu as mis cet article dans la croisée des blogs mais tu ne le mentionne pas dans l’article, moi pas contente ;)

  • Julien (author) said:

    C’est une erreur de ma part, j’etais persuadé de l’avoir fait…. Je change ca très vite :)

  • Joanna said:

    aaaaaaaaaaaaaaaaaah je me sens tout de suite mieux :)))

  • claudine said:

    Tout le monde devrait en etre conscient

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