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Pourquoi les risques d’une vie extraordinaire sont surévalués ?

13 juillet 2010 9 786 views 6 Comments

Snowboard05Introduction

De nombreux articles guidant le lecteur vers ses rêves les plus fous semblent prendre pour acquis l’idée qu’une vie de rêve ne se gagne qu’au prix d’un risque conséquent et inévitable. La théorie d’une autre vie à la française m’apparaît souvent comme un florilèges de principes à connotation dangereuse, à la portée des grands aventuriers et de ceux qui n’ont plus rien à perdre : « foutre en l’air son job », « tout quitter  pour recommencer », « partir 3 ans loin de tout à l’autre bout de monde » sont des exemples relativement parlant de la façon dont on imagine vivre ses rêves.  Est-il donc obligatoire de jouer avec les piliers fondamentaux de sa vie et de se mettre en position d’équilibriste pour atteindre ses rêves ? Le fameux concept de vie extraordinaire dont je parle si souvent est-il associé à une notion de risque forte ? Je ne pense pas.

Nous allons tenter ici d’aller un cran plus loin que le constant généralement admis et voir ce qui me pousse à penser que les risques associés à nos rêves sont souvent surestimés. Parfois par peur d’agir, d’autre par volonté de valoriser l’image de ceux ayant accédé à cet « extraordinaire ».  Nous verrons surtout comment les principes classiques de la stratégie permettent de gérer et limiter la majorité de ces risques et de maximiser les expériences de notre vécu sans pour autant vivre avec une épée de Damoclès au dessus de la tête.

Les risques surestimés par volonté de trop faire ?
La conception d’une vie extraordinaire

C’est assez humain, et on ne pourra pas leur en vouloir : les personnes commençant à imaginer le concept de vie extraordinaire (et moi le premier) voient les choses en grand. Nous commençons tous par nous imaginer tout quitter pour partir plusieurs années et rejeter toute la vie que nous avions actuellement tant l’idée de vivre ses rêves en saurait attendre. Ma première idée à la création de mon blog était de partir pour au moins un an visiter près d’une cinquantaine de pays et vivre la grande majorité des choses dont je rêvais. L’idée est relativement louable, elle a même été saluée par nombre de mes amis. Cependant, une question se pose rapidement : « un tour du monde, et après ? ». Pourquoi consommer nos rêves comme les Américains consomment des burgers ? Pourquoi vouloir tout vivre tout de suite, enchainer les expériences dés maintenant ?

Je pense que le premier contact avec l’idée de vie extraordinaire conduit à une fuite inévitable de la vie que nous vivons, mais cette solution relativement extrême est-elle la solution dont vous avez besoin ? Votre rêve, c’est de visiter 50 pays, pas de le faire dans la minute qui suit après avoir claqué votre démission et traité votre patron de tous les noms. Votre rêve, c’est de monter votre entreprise et de devenir votre propre boss, pas de fuir immédiatement votre job actuel. Votre rêve, c’est d’élargir votre cercle social en rencontrant des gens de tous les horizons, pas de rejeter vos amis actuels. Réfléchissez bien et apprenez à différencier votre rêve profond de tous ce qui l’entoure. Rien ne vous oblige à prendre des risques excessifs pour atteindre une vie extraordinaire, vous avez encore plusieurs dizaines d’années pour atteindre vos objectifs calmement et sans danger.

Les risques surestimés par peur d’agir ?

La réalisation d’une vie extraordinaire

« Non, vivre une vie extraordinaire ce n’est pas à ma portée, c’est compliqué tu te rend compte ? Si on y réfléchit, comment je fais pour mon job si je veux partir 3 ans à l’autre bout du monde ? Et puis bon je risque de perdre mes amis si je pars si longtemps… En plus, seuls dans un pays étranger, non mais si il m’arrivait quelque chose ? ». C’est invraisemblable, je me rends compte que je pourrais réciter cette phrase par cœur même après une soirée à jouer à des jeux d’alcool tant on me l’a répétée et répétée. Je suis sur qu’elle ne vous semble pas si stupide que ça après tout. Elle ne l’est pas en l’occurrence, elle est humaine, elle traduit simplement notre peur surévaluée du changement et de l’inconnue.

La réalité, c’est que si l’on analyse ces soi-disant risques les uns après les autres, on se retrouve bien loin de la vision terrifiante qui nous envahissait à la première lecture de cette phrase :

  • Comment je fais pour mon job si je veux partir 3 mois à l’autre bout du monde ? Partir 3 mois, 6 mois, des recours existent (notamment les fameux congés sabbatiques). Il existe de nombreux exemples de personnes ayant fait le tour du monde sur plusieurs années sans en être mortes, et qui ont retrouvé leur travail en revenant.
  • Et puis bon je risque de perdre mes amis si je pars si longtemps… Comment pouvez-vous imaginer que vos amis vous aient oublié après un an ? Vos vrais amis ? Si nous ne parlons ici que de connaissances, de réseau social, ne vous en faites pas, vous rencontrerez d’autres gens, c’est dans notre nature.
  • En plus, seuls dans un pays étranger, non mais si il m’arrivait quelque chose ? Votre rêve c’est de partir naviguer sur un cargo dans le golfe d’Aden ou de voler quelques kilos d’héroïne au cartel en Amérique du sud ? Parce qu’en effet, si c’est le cas, vous risquez gros à vivre votre rêve. En revanche, si vous rêvez de visiter Ushuaia, d’aller plonger dans l’antarctique ou de prendre le transsibérien, que risque t’il de vous arriver de plus que dans le métro parisien, ou sur la route que vous prenez chaque jour pour aller travailler ? Honnêtement ?

Pourquoi les auteurs de cette jolie phrase se focalisent t’ils tant sur des risques qui pourraient ne pas en être ? Selon moi, le risque est très souvent utilisé pour justifier une simple peur d’agir (ou un manque de volonté d’agir). Sa surévaluation conforte ceux qui ne bougent pas dans leur volonté de ne pas bouger, et effraie ceux qui hésitaient à prendre la direction d’une vie extraordinaire. C’est d’ailleurs en agissant sur un coup de tête que j’ai fait tomber la majorité de mes craintes concernant l’idée de partir loin et seul. Ce qui soulève une autre question, pourquoi certaines personnes vivant leurs rêves continuent à prôner l’idée qu’ils ont couru de graves dangers pour y arriver ?

Les risques surestimés parce qu’après tout, nous sommes humains ?

La vie extraordinaire

Imaginons que vous ayez nagé aux cotés de deux petits requins à pointe blanche  lors d’un séjour en Indonésie. De manière assez naturelle, vous raconterez votre plongée au milieu d’un banc d’immenses requins, flirtant avec le risque de vous faire dévorer. Imaginons maintenant que fassiez face à l’une de ces petites araignées qui hantent parfois les chaussures des voyageurs en quête d’aventure. Ne vous semble t’il pas évident que la taille du monstre triplera lorsque vous raconterez le face à face le plus effrayant de votre journée ? Inévitablement, l’être humain a une tendance à augmenter la taille des dangers auquel il a fait face. Cette tendance n’a rien d’anormal et donne même lieu à d’amusantes discussions lorsque l’un des interlocuteurs s’aperçoit du grossissement de l’histoire et tente de ramener la vérité sur la table.

Comme pour tous ces exemples bénins, il est nécessaire de considérer que les risques que vous décrivent les personnes ayant décidé de « tout plaquer » pour vivre leur vie avec des pincettes. La réalité a fondamentalement de grandes chances d’être bien moins dangereuse que ce que vous entendez. Une porte claquée au nez de son employeur peut finalement s’avérer être un arrangement à l’amiable offrant des possibilités de retour un an plus tard, une personne partie seule dans un endroit dangereux du globe a souvent mesuré à l’avance les risques qu’elle encourait afin de surveiller ses arrières. Ne soyez pas impressionnés par ce que vous entendez !

Et pour les risques qui resteront une fois que vous aurez éliminé les trois biais précédents ?

Soyons clairs, je ne dis pas que les risques sous-jacents à la vie extraordinaires sont inexistants. Je dis qu’ils sont surmontables, bien plus qu’on ne l’imagine au premier abord. Une fois que vous aurez dépassé les trois biais dont nous venons de parler, certains dangers se dresseront toujours devant vous. C’est la qu’intervient de nouveau le concept de gestion du risque, utilisé à tort et à travers par les militaires et les gestionnaires d’entreprise aguerris. La gestion des risques permet deux choses : d’une part assurer une bonne fois pour toute que les risques que vous prenez ne dépassent jamais la mesure de vos ambitions, d’autre part. J’écrirais un article focalisé sur la gestion des risques dans les semaines à venir. Mais en attendant, voici l’illustration synthétique des principes de base sur un exemple simple : le saut en parachute.

La gestion des risques est usuellement décomposée en plusieurs phases :

  • Percevoir les dangers inhérents à l’activité que vous souhaitez entreprendre. L’activité du saut en parachute est souvent admise comme dangereuse (de par sa nature). Mais l’idée est de détailler l’ensemble des dangers auxquels je fais face concrètement.
    • je risque potentiellement de me casser une jambe au moment de l’atterrissage
    • je risque que mon parachute ne s’ouvre pas
    • je risque une indigestion et deux jours d’arrêts tant un repas sur un aérodrome peut être horriblement toxique
    • etc.
  • Evaluer les risques selon des critères d’importance et de probabilité.
    • En relatif des deux autres risques mentionnés, l’indigestion est finalement celui qui a le plus de chances de se produire. Heureusement pour vous, il ne représente dans le fond rien de très grave.
    • La fracture de la jambe serait problématique et douloureuse, mais même en passant une semaine dans un aérodrome, vous avez peu de chance de voir une personne se fracturer un os. Le risque est finalement acceptable de par son faible couple probabilité / importance
    • Le risque de mort est évidemment le plus important des trois, mais possède une probabilité quasi nulle, il ne représente à priori pas un danger réel (vous avez moins de chance de mourir comme ca qu’au volant de votre voiture sur le chemin de aérodrome)
  • Prendre des mesures pour diminuer les chances d’occurrence des dangers pressentis.
    • Emmener un sandwich pour éliminer totalement les chances d’indigestion
    • Sélectionner un aérodrome compétent et sérieux en faisant quelques recherches sur internet afin de limiter au possible les dangers liés à l’entretien des parachutes et au personnel non qualifié.

Ce qu’il faut retenir : avoir une vie extraordinaire n’est évidemment pas dénué de risques. Cependant ces risques sont bien moins important qu’on ne veut l’imaginer, et peuvent être contrôlés pour ne pas interférer avec votre plaisir. La notion de risque ne doit en aucun cas être un frein à l’achèvement de ce que vous êtes au plus profond de vous-même. Je finirais en citant un auteur que je n’ai pas forcément dans le cœur, mais qui démontre qu’elle ne dit pas toujours n’importe quoi :

« Le risque, c’est la vie même. On ne peut risquer que sa vie.
Et si on ne la risque pas, on ne vit pas. »

Amélie Nothomb, Cosmétique de l’ennemi

Note : cet article a été écrit dans le cadre du festival A la croisée des blogs de juillet dont le thème est “prendre le risque de vivre ses rêves ?”

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6 Commentaires »

  • Emy said:

    J’adore toujours autant tes articles mon Juju. En plus il m’a beaucoup fait rire. Notamment l’emploi de l’exemple du parachutiste. Et Cosmétique de l’Ennemi est un excellent bouquin, dans son ingralité. Il y a avait d’ailleurs un passage sur le double en nous ; la notion de dualité inhérente à l’être humain, et qui se terminait par « le maitriser devient un art… Alors, jusqu’à quel point sommes nous artistes ? »

  • Aurélien said:

    Merci pour ton article Julien, tu abordes les choses avec un angle intéressant, effectivement les risques ne sont pas si élevés que ça mais quand on est enfermé dans le confort d’une certaine routine (boulot, métro, dodo) on a tendance à se faire une montagne de pas grand chose.

  • adeline said:

    j’aime beaucoup cette article. Et je n’ai qu’une chose à rajouter, ceux qui se lance dans l’aventure de vivre une vie extraordinaire sont peut-être ceux qui ne cherchent qu’a vivre leur vie, en la rendant un peu moins ordinaire que celle du voisin :)

  • Récapitulatif du festival à la Croisée des blogs: “Faut-il prendre le risque de vivre ses rêves” said:

    [...] Julien nous livre un article très complet dans lequel il décortique les raisons pour lesquelles nous avons tendance à surévaluer les risques inhérents à la poursuite de nos rêves. [...]

  • NowMadNow said:

    J’avais surligné la phrase d’Amélie Nothomb sur le risque quand j’avais dévoré son livre.

    A se remémorer en cas de coup de blues au beau milieu de nulle part,

    NowMadNow

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